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Autour du livre - Rencontrer un auteur par Gérard Moncomble

Travailler avec un auteur par Gérard Moncomble

extrait d’une animation pédagogique (compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 12/12/2003 ) que vous pouvez retrouver en intégralité à cette adresse :

http://www.crdp.ac-creteil.fr/telemaque/document/gmoncomble.htm

Le plaisir des rencontres

La fonction première de l'auteur est avant tout d'écrire pour les enfants ou les adultes et il n'a pas forcément sa place dans une classe ou dans un lieu public. Les écrivains qui vivent uniquement de leur plume ne sont pas si nombreux. La plupart ont un autre métier, sont donc socialisés et peut-être plus à même d'intervenir dans le social. Gérard Moncomble est écrivain depuis une vingtaine d'année mais, fils d'instituteurs, il aime aller dans les classes où il se retrouve chez lui, et se confronter à la société, la vie, au réel... Ce n'est pas le cas pour tous les auteurs.

Négocier la rencontre et communiquer

L'enseignant doit tout d'abord savoir quel auteur il désire faire venir, et se procurer adresse, numéro de téléphone, mel... Gérard privilégie le rapport téléphonique mais tous les moyens de communiquer sont intéressants. Il est important de s'entendre rapidement et si possible de se voir. Mais les rencontres de préparation sont fonction de l'éloignement du lieu d'intervention et lorsqu'elles ne sont pas possibles, la communication s'établit par courriel, courrier, téléphone...

Lorsque l'enseignant a un projet déjà défini, il doit choisir un auteur en fonction de ce projet. L'auteur s'y inscrira alors en y mettant son empreinte. Si le projet n'est pas encore défini, l'ouverture reste grande et le projet va alors dépendre de l'individu qui accepte de venir. Ces deux démarches sont très différentes mais présentent toutes deux des intérêts. Quelque soit le cas de figure, la communication préalable est essentielle et indispensable.

Lorsque le projet est défini, il est intéressant et sympathique de faire écrire une lettre collective aux enfants pour l'expliquer à l'auteur. Celui-ci prend bien sûr le temps de répondre et le contact s'établit. Gérard appelle cela "échanger des petits mots d'amour".

Le temps de préparation va dépendre de l'ampleur du projet. Un atelier d'écriture ou de lecture d'une semaine ou un ensemble de rencontres sur quatre ou cinq séances de travail dans l'année se préparent différemment d'une rencontre ponctuelle d'une journée. La préparation dépend également du nombre de classes concernées par le projet. Les gros projets demandent parfois des mois de préparation. Il faut toutefois éviter l'écueil d'une préparation trop fouillée et trop complète qui peut nuire à la spontanéité et à l'enthousiasme le jour de la visite de l'écrivain : il ne se passe rien, car tout s'est déjà passé avant !
Les rencontres ponctuelles s'articulent souvent autour de la lecture des œuvres et demandent moins de temps de préparation même si un minimum de communication est indispensable.

Quelques exemples d’atelier d’écriture

 

Un projet d'écriture « passerelle »   

Gérard Moncomble nous relate un projet d'écriture passerelle auquel il a participé récemment. Il concernait une école entière du CP au CM2, soit une dizaine de classes. Le travail consistait pour Gérard, à travers l'écriture d'un conte durant une semaine, à faire le lien entre ces différentes classes. Il y avait donc deux aspects au projet : l'écriture du conte et la liaison interclasse. De nombreux échanges se sont effectués par lettres avant l'intervention et les enfants comme l'auteur avaient l'impression de se connaître déjà dès la première rencontre. La préparation ôte le temps de recul, d'intimidation, de méfiance, voire d'angoisse, et rend la relation plus forte. Outre les questions, il y a de l'émotion, du sentiment, de l'amour... Ce premier accueil était sentimental. Dans la semaine qui suivit, auteur et enfants ont travaillé autour de l'écriture d'un conte, Têtard, repris comme une balle par chaque classe. Autour de l'invention d'un personnage, Gérard était censé faire le lien entre un désir et une réalité : écrire une histoire et réunir des classes disparates autour d'un personnage de son invention, élément symbolique qui allait fédérer l'ensemble. La troisième partie du projet était un voyage à travers le monde, représenté par un voyage à travers l'école. Il s'agissait tout d'abord de nourrir le personnage d'émotions, de questions, d'éléments physiques. On allait ensuite retrouver ce personnage à travers différents pays : il venait du monde du Tsou et allait visiter le monde du Tsu (constitué du Brésil, de l'Angleterre, de l'Espagne...). Il s'agissait d'un conte promenade, une quête initiatique d'un personnage adopté et nourri par les différentes classes. Gérard a passé cette semaine passionnante à aller de classe en classe, houspillant, encourageant, critiquant, avalisant, cherchant, écrivant avec les élèves... Ceci est l'exemple d'un projet de longue haleine, même si l'activité intense s'est déroulée sur un temps court (une semaine). Cet atelier a donné lieu par la suite à des échanges de courrier qui se poursuivent encore aujourd'hui et il semble que ce travail leur a permis de se lancer avec enthousiasme dans de nouveaux travaux d'écriture. Il s'agit là d'un exemple de travail très réussi, avec échanges avant et après. Mais même lorsqu'il n'y a pas de suite visible pour l'auteur, il est très rare qu'il ne se passe rien émotionnellement lors d'une rencontre. C'est toujours un événement déclencheur.

Une classe d'écriture   

Gérard participe parfois à des classes d'écriture, des classes-voyage, hors de l'école. Il ne se considère pas comme un animateur mais voit plutôt son rôle comme un moteur, locomoteur, le co-moteur avec l'enseignant. Le fait d'être dans un endroit inconnu, nouveau, met en insécurité mais rapproche les enfants et l'intervenant qui découvrent ensemble un lieu nouveau. Une autre dynamique se met en place.

Ce genre d'expérience est toujours enrichissant, aussi bien du point de vue du rapport enfant/adulte que du rapport enfant/enfant. Ces relations revalorisent les enfants les uns par rapport aux autres, recompose différemment la hiérarchie dans les classes.
La grande difficulté d'une classe d'écriture est de ne pas "faire du scolaire", puisqu'on sort du cadre de la classe, mais de produire tout de même de l'écrit. Pour un atelier d'écriture assez long, Gérard part toujours du vécu des enfants et travaille avec sa propre sensibilité. Son aventure d'écriture devient alors celle des enfants et inversement. L'histoire doit être nourrie par des événements vécus, partagés ou non.
L'écriture est souvenance.

Dans le secondaire

Un des grands regrets de Gérard est de ne pas intervenir très souvent dans les collèges et les lycées. Il aimerait être confronté davantage aux adolescents en situation de non lecture, dans les collèges, les centres d'apprentissage, les lycées professionnels, là où la lecture n'est plus, à priori, reine.

Les obstacles à ces interventions dans le second degré sont de plusieurs niveaux : tout d'abord, une mauvaise sensibilisation des professeurs de français à la littérature de jeunesse, une organisation du temps plus cloisonnée, avec des séquences d'une heure au CDI, difficile à désorganiser, et d'autre part le financement de l'intervention, souvent difficile à obtenir, même si certains arrangements techniques sont possibles.

Gérard Moncomble a pourtant quelques exemples de projets réalisés en collège pour lesquels plusieurs professeurs s'associent pour faire venir un auteur. Il faut réunir de bonnes conditions pour intervenir en une heure, en particulier la vivacité et la réactivité de l'auteur servent bien la brièveté. Lui-même préfère un temps d'une heure trente ou deux heures. Il y a nécessairement une perte de temps au cours de la séance ; une rencontre peut être comparée à une sédimentation et il faut du temps pour qu'elle se réalise.

Le temps de préparation d'une rencontre en collège diffère de celui d'une rencontre à l'école, puisque chaque professeur ne voit les élèves qu'une heure ou deux par semaine. Cette préparation consiste souvent à lire les livres de l'auteur invité. Toutefois, on peut aussi, si l'auteur est d'accord, privilégier le principe de la rencontre "à l'aveugle" qui servira alors de déclencheur. Dans ce cas, c'est après la visite de l'écrivain que la lecture va se faire. En particulier pour des élèves récalcitrants à la lecture, la rencontre sera un élément motivant qui leur donnera envie de découvrir les livres. On peut aussi laisser le libre choix aux enfants d' avoir lu ou non les ouvrages de l'auteur.

Ces rencontres s'organisent souvent autour d'un questionnaire adressé à l'auteur. Celui-ci est parfois conformiste mais les enfants posent aussi parfois des questions curieuses, étranges, qui déstabilisent. Si les élèves ont lu les livres de l'auteur, on arrive plus vite à l'essentiel. L'intérêt d'une rencontre "à l'aveugle" peut se situer dans la relation humaine et dans le fait qu'elle est moins scolaire et peut aider à sauvegarder l'envie de lire chez les jeunes.

Autour des textes

Si le projet est initié par un travail sur une forme narrative, la venue de l'auteur est alors prétexte au travail sur le texte ; elle peut être très motivante et déboucher sur une rencontre jubilatoire, même dans un cadre assez scolaire. Gérard est toujours prêt à favoriser l'imprévisible et l'impromptu pendant la rencontre. À ce moment précis, c'est l'émotion, le plaisir, l'enthousiasme, qui doivent prendre le pas sur le travail. Au contraire, lors de l'atelier d'écriture, chacun s'investit dans le travail. Les élèves qui n'entrent pas facilement dans la lecture réagissent souvent à l'affectif et ne sont pas rétifs à des rencontres avec les auteurs, même s'ils ont parfois des questions ou des attitudes surprenantes. Avec ce public, et pour donner la possibilité à l'imprévu de surgir, il est préférable d'être en groupe restreint.

À l'école, lors de la préparation, le discours porte surtout sur les livres et à travers la lecture des livres, on apprend déjà à connaître un peu l'auteur, on se pose des questions sur sa personnalité. Plusieurs pistes sont possibles : lire un livre précis de l'auteur invité ; lire un ou plusieurs des livres de l'auteur, proposés en classe pendant un certain temps ; préparer des questions à poser à l'auteur ; organiser des jeux intra textuels (inventer un chapitre ou un personnage nouveau, déplacer la fin...)... On peut initier lors de la rencontre des relations particulières avec l'auteur en lui proposant des jeux sur ses textes (devinettes, personnages, intrus...).

La préparation permet de sortir des questions classiques centrées uniquement sur une relation affective et sur la vie intime de l'auteur. Les enseignants sont souvent angoissés par les contraintes du temps, des objectifs pédagogiques. Il ne faut toutefois pas chercher à trop scolariser la rencontre car c'est un moment privilégié dont les enfants doivent rester propriétaires. L'écrivain a pour rôle de respecter les règles induites mais aussi d'apporter l'ouverture et la surprise.

Gérard Moncomble essaie toujours, quant à lui, d'amener dans ses interventions un terrain d'étrangeté, d'être différent de ce qu'on attend de lui, tout en veillant à ce que ni le maître, ni les enfants ne soient perdus dans cette démarche.

L’écriture collective

Dans les ateliers d'écriture, il n'est pas toujours facile de gérer la diversité des propositions des élèves. Tout dépend de la culture démocratique (ou non) de la classe. L'écriture collective est difficile et complexe car elle met en jeu, outre le sens des mots et de l'histoire, l'activité sociale de la classe, la hiérarchisation, les relations. Ce genre de travail dépasse la technique d'écriture pour devenir une technique de groupe, ce qui n'est pas toujours facile pour tous les écrivains. D'où l'intérêt de connaître la personne qui intervient. Le domaine dans lequel l'écrivain peut vraiment aider est celui du sens, de l'écriture elle-même et de l'écriture individuelle.
Dans l'écriture collective de Têtard , par exemple, il s'est produit une invention collective à voix haute à chaque séance, le maître et Gérard étant co-animateurs.

L'enseignant est "secrétaire" et garde la mémoire écrite des trouvailles de chacun. Gérard est le garant du sens des mots choisis et de l'efficacité des sens de l'histoire du point de vue collectif, en veillant à valoriser chaque enfant. Lors de cette séance collective, l'écrivain écoute chacun, écrit des mots clés au tableau.
Puis, au cours des séances suivantes, le travail se poursuit en alternant travail par groupes et travail collectif. Les groupes peuvent varier de trois à cinq, suivant les capacités et les comportements des élèves. Chaque groupe reformule alors toute l'histoire, esquissée à grands traits et lue par le maître. Chaque petit groupe propose un scripteur qui garde les traces des discussions et un rapporteur qui transmettra au grand groupe leur version de l'histoire. Il est intéressant de remarquer les enrichissements, les bifurcations par rapport au synopsis de départ. Puis, le groupe s'accorde pour identifier, resserrer, globaliser l'histoire à partir de toutes les versions et se dirige vers une mémoire plus définitive de l'histoire qui devient collective, et désormais appartient à tous. Ce tri doit se faire rapidement pour relancer l'enthousiasme et ne pas perdre le fil.

Ensuite, il est intéressant de composer d'autres groupes, un peu plus importants et de leur distribuer des fragments de l'histoire. Chaque groupe a alors la possibilité d'écrire sur un morceau du texte, tout en connaissant l'histoire globale, que l'on peut afficher sur les murs. À cette étape, chaque enfant écrit. Les adultes passent d'un groupe à l'autre pour aider à l'accouchement des mots et des phrases. À la suite de cette séance, on se retrouve parfois avec des fragments d'histoires qui ne correspondent plus entre eux. Il faut donc travailler sur des passerelles entre tous les groupes. L'écrivain souligne les incohérences, valorise, met en concordance ou coordonne les différents éléments. On se situe là dans le véritable travail d'écriture. Travailler sur le vécu aide à la cohérence et unifie les émotions. On peut proposer de constituer un groupe qui travaille sur la coordination. Certains enfants veulent parfois produire seuls et il faut alors accepter qu'ils restent singuliers dans une histoire collective.

Gérer l’hétérogénéité

Avec de jeunes élèves, par exemple au CP, les enfants sont dans la parole et dans le dessin lors de la séance avec l'écrivain, et l'écriture se fait en dehors de sa présence, avec le maître ou la maîtresse. Dans le cadre d'un projet sur l'école entière, des incohérences au niveau des registres de langue apparaissent, qu'il faut gérer. D'une classe à l'autre, les propositions sont très différentes, au point de vue de la langue, des mots, du schéma narratif... Même avec les petits, il y a production d'écrit grâce à la dictée à l'adulte et à la présence du maître et d'un auteur. Il savent que l'auteur est attentif aux mots écrits, à la typographie, aux lettres, aux phrases des livres.

Pour que les jeunes enfants se sentent concernés par l'histoire et qu'ils s'y reconnaissent, ils doivent y retrouver des mots pivots ou des fragments de phrases qu'ils ont donnés parce qu'ils résonnent pour eux, et que l'adulte repère et insère dans le texte. Un mot peut délimiter un personnage, un décor. On peut aussi jouer sur le caractère graphique de mots qui reviennent souvent. Une histoire peut démarrer par une anecdote insignifiante.

Pour certains enfants en difficultés de lecture et d'écriture, il peut être douloureux de passer à l'écrit, tout en considérant comme frustrant la simple dictée à l'adulte. L'adulte peut imaginer des techniques pour pallier à cette réticence. Par exemple, distribuer des magazines et faire choisir un certain nombre de mots à découper. Des mots qui plaisent par le graphisme, la couleur... Les enfants réalisent ensuite des constructions (textes, poèmes), écrites avec des mots qu'ils n'auraient pas pensé à utiliser seuls. Ces mots ont tout de même émergé de leur choix. Le jeu consiste ensuite à les lier en écrivant les mots qui manquent pour donner du sens et faire la passerelle entre les collages. On peut produire de cette façon des poèmes, des chansons...

L'écriture destinée à être lue touche au problème de l'intimité et ce premier pas d'auteur qui se dévoile, est très difficile à franchir. Les enfants en difficulté d'écrit y sont encore plus sensibles que les autres. Les histoires écrites en classe leur parlent d'eux et les mots sont porteurs de sens invisible, perçu, induit. Ils devinent une mise en danger dans cette exposition.

Un livre se compose non seulement du texte, mais aussi d'autres éléments, ce qui permet de valoriser les enfants en difficulté d'écriture en leur donnant la parole dans d'autres domaines (le dessin, la typographie, la matière, la forme, la maquette...).

L'ouvrage Dire, lire, écrire propose les récits d'expériences diverses de trois auteurs intervenant dans les classes. Outre des anecdotes et des réflexions sur les rencontres et les ateliers

d'écriture, il donne des pistes pour les mettre en place.

A noter : Dire, lire, écrire. Des écrivains rencontrent les enfants Nadine Brun-Cosme ; Gérard Moncomble ; Christian PoslaniecMilan 1993


Date de création : 07/09/2009 @ 10:15
Dernière modification : 07/09/2009 @ 10:27
Catégorie : Autour du livre


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